18 Avr Ilda Nunes a reçu les insignes d’officier de l’Ordre du Mérite à la résidence de l’Ambassadeur
L’Ambassadeur du Portugal en France a organisé cette semaine une cérémonie de remise des insignes du grade d’Officier de l’Ordre du Mérite à la Provedora de la Santa Casa da Misericórdia de Paris, Ilda Nunes. Cette distinction, attribuée par l’ancien Président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, reconnaît « des décennies de dévouement au service de la communauté portugaise en France, à la vie associative, à la médiation linguistique et à la préservation de la mémoire de l’émigration ».
Visiblement émue, Ilda Nunes a commencé son discours en remerciant le Président de la République pour l’honneur qui lui a été accordé. « Permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude au Professeur Marcelo Rebelo de Sousa pour l’immense privilège qu’il m’accorde », a-t-elle déclaré, soulignant que la dimension symbolique de cette distinction « la touche particulièrement ».
La Provedora de la Santa Casa da Misericórdia de Paris a également adressé des remerciements à l’Ambassadeur du Portugal en France, Francisco Ribeiro de Menezes, ainsi qu’à la Consule générale du Portugal à Paris, Mónica Lisboa, mettant en avant « l’accueil et l’amitié qu’elle a toujours trouvés au sein de la représentation diplomatique portugaise ».
Elle a également rappelé que sa famille, absente de la cérémonie, a toujours été au cœur de son parcours et de ses choix. « Rien n’aurait été possible sans eux », a-t-elle affirmé, ajoutant que cette distinction dépasse sa personne et représente « une histoire collective ».
Dans son discours, Ilda Nunes est revenue sur le chemin qui l’a conduite en France. Elle est arrivée à Paris à l’âge de 15 ans, en provenance de Castelo Branco, pour rejoindre son frère, qui avait fui la dictature portugaise. Elle a raconté que son père, « incapable de vivre loin de son fils », a fini lui aussi par venir en France et par faire venir son épouse et sa fille afin de reconstruire leur vie.
Elle a expliqué que sa maîtrise précoce de la langue française lui a permis de poursuivre des études, d’abord à l’Alliance Française puis à l’université, jusqu’à découvrir la vocation qui l’accompagnerait toute sa vie : l’interprétariat. Elle a évoqué le rôle déterminant de Michel Sauvêtre, responsable d’Inter Services Migrants, qui l’a recrutée « presque au berceau », comme il le disait lui-même. Elle a été interprète dans des hôpitaux, des tribunaux, des services sociaux et des institutions où la barrière linguistique compliquait l’accès aux droits.
Par la suite, elle a intégré l’ESIT afin d’approfondir sa formation et, en 1989, elle a créé le premier service d’interprétation téléphonique en France – en dehors de France Télécom –, un projet qu’elle a dirigé pendant plus de vingt ans et qui répond aujourd’hui à plus de 400 000 appels par an.
Parallèlement, Ilda Nunes a assuré des traductions pour la Sécurité sociale française, formé des interprètes et exercé comme interprète de conférence pour des institutions européennes, des ministères et des collectivités territoriales.
L’enseignement a constitué un autre pilier de sa vie : depuis 1985, elle enseigne le portugais, l’histoire et la géographie à l’ACEP, au Collège Fénelon Sainte-Marie, à Paris. Elle a tenu à remercier la directrice actuelle, Zita Salgado, « pour des décennies de confiance », et a évoqué avec émotion la mémoire de Maria Teresa Salgado, ancienne directrice de la Bibliothèque Gulbenkian et présidente de l’ACEP, aujourd’hui disparue.
Mais c’est « l’engagement social » qui, selon ses propres mots, a façonné son parcours. « Rien ne se construit seul », a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle a grandi dans une famille de commerçants où personne ne repartait les mains vides en cas de besoin. Cette empreinte de l’enfance a guidé son engagement associatif.
En 2010, elle a rejoint l’association « Mémoire Vive – Memória Viva », qu’elle a présidée entre 2014 et 2020, consacrée à la préservation de la mémoire de l’immigration portugaise. En 2011, elle a intégré la Santa Casa da Misericórdia de Paris, d’abord comme secrétaire générale puis comme Provedora, étant confrontée quotidiennement à des situations humaines complexes : « femmes victimes de violences, personnes sans abri, personnes âgées isolées ou encore migrants perdus dans la bureaucratie ».
À la fin de son discours, Ilda Nunes a souligné que cette décoration ne lui appartient pas uniquement. « Elle est le reflet de l’histoire de la communauté portugaise en France, de ses combats, de son courage et de sa dignité », a-t-elle déclaré.
Elle a reçu cette distinction « avec humilité et comme un encouragement à poursuivre », rappelant toutes les personnes qui l’ont soutenue tout au long de son parcours – si nombreuses qu’elle a préféré ne pas les nommer, « de peur d’en oublier ».
Article publié dans Lusojornal le 10 avril 2026 par Carlos Pereira.